Dans ce protocole
Le traumatisme tient à l’impossibilité momentanée du système nerveux d’intégrer l’événement. Il ne sert à rien d’en précipiter le traitement ; il faut d’abord prévenir une charge supplémentaire.
Un événement traumatique dépasse les capacités de traitement disponibles sur le moment. La mémoire peut alors ne pas l’enregistrer comme un récit ordonné, mais sous forme de fragments sensoriels, images, sons ou odeurs qui semblent rester hors du temps et s’imposent au présent. Les premières heures peuvent comporter stupeur, engourdissement puis vagues d’hyperactivation. Dans les premiers jours, ces réactions peuvent être attendues et ne constituent pas à elles seules un diagnostic.
La plupart des personnes disposent de capacités de résilience qui soutiennent un retour progressif à l’équilibre, surtout lorsqu’elles bénéficient de leur entourage. Une exposition traumatique ne condamne pas chaque personne à développer un trouble. Une aide ajustée soutient ces ressources au lieu de considérer tous les survivants comme malades.
- Stupeur, engourdissement et lenteur des réponses, avec une impression de distance.
- Alternance entre calme apparent, tremblements et pleurs soudains.
- Images ou sons intrusifs liés à l’événement.
- Hypervigilance, sursauts et difficulté à dormir.
- Questions répétées sur les mêmes détails ou silence complet au sujet de l’événement.
-
1
Sécurité Éloignez la personne du danger réel. Aucun apaisement durable n’est possible sans sécurité.
-
2
Besoins immédiats Assurez chaleur, eau, abri et protection contre les regards ou les caméras.
-
3
Présence calme Restez disponible sans pousser au récit. Un silence attentif peut suffire.
-
4
Normalisation Expliquez que ses réactions peuvent survenir après un événement hors du commun et ne signifient pas qu’elle perd la raison.
-
5
Liens sociaux Rapprochez-la de ses proches et de ses soutiens. L’isolement peut accentuer la détresse.
-
6
Information Donnez des informations simples et exactes sur les prochaines étapes.
-
7
Espoir réaliste Rappelez ses ressources et le caractère évolutif de cet état sans promettre la disparition de la douleur.
- « Vous êtes maintenant en sécurité. Je reste avec vous. »
- « Vous n’avez pas à raconter ce qui s’est passé. Vous pouvez simplement rester ici. »
- « L’engourdissement, les tremblements ou la confusion peuvent survenir après ce que vous avez vécu. »
- « Je vous expliquerai chaque étape avant qu’elle ait lieu. »
- Interroger la personne sur les détails dans les premières heures.
- Imposer un débriefing collectif à toutes les personnes présentes.
- Employer des explications toutes faites ou demander de tourner la page.
- Multiplier paroles et conseils lorsque la personne a surtout besoin d’une présence.
- L’exposer aux médias, aux curieux ou aux caméras.
Après un grave accident près d’Agadir, un jeune homme restait assis au bord de la route, étrangement calme et le regard vide. Un bénévole l’a cru rétabli et a commencé à l’interroger. Le jeune homme s’est mis à trembler et à haleter. Un intervenant a interrompu les questions, posé une couverture sur ses épaules et s’est assis en silence avant de lui dire qu’il n’avait rien à raconter et qu’il était maintenant en sécurité. Cette présence l’a protégé davantage que l’interrogatoire.
Faire revivre les détails dans les premières heures peut consolider une mémoire traumatique encore fortement activée au lieu de la soulager. Le rôle des premiers secours n’est ni l’interrogatoire ni le traitement du trauma sur place. Il consiste à sécuriser, apaiser et mettre en lien, conformément au principe de non-nuisance.