Dans ce protocole
Avant de soutenir une personne qui s’effondre, vérifiez que vous disposez des ressources nécessaires et que vous êtes vous-même dans votre fenêtre de tolérance.
Un intervenant insuffisamment préparé peut devenir une difficulté supplémentaire. La crise se transmet sur le plan émotionnel. Si vous arrivez chargé de votre propre anxiété, votre système nerveux risque d’accentuer l’agitation de l’autre au lieu de l’apaiser. La pratique commence donc avant la crise, par une préparation quotidienne.
Le principe du masque à oxygène s’applique ici : vous mettez d’abord le vôtre avant d’aider autrui. Votre capacité à coréguler dépend de votre propre stabilité. Celle-ci se construit avec un sommeil suffisant, une respiration lente dont l’expiration est prolongée, une activité physique régulière et des temps d’observation intérieure.
- Rejet croissant d’un travail que vous appréciiez auparavant.
- Engourdissement émotionnel et diminution de la sensibilité.
- Images de souffrance qui s’imposent dans la vie quotidienne.
- Irritabilité et moindre patience avec les proches.
- Troubles du sommeil ou tendance discrète à éviter certains types de situations.
-
1
Première minute Sentez vos pieds au sol et ralentissez votre respiration en prolongeant l’expiration, jusqu’à ce que le rythme cardiaque baisse et que votre perception s’élargisse.
-
2
Deuxième minute Nommez votre état intérieur sans vous juger : anxiété, peur, précipitation ? Le simple fait de le nommer peut réduire sa charge.
-
3
Troisième minute Rappelez-vous votre rôle et ses limites : offrir une présence sécurisante et structurante, sans prétendre tout résoudre.
- « Je suis présent. Mes pieds sont au sol et ma respiration ralentit. »
- « Je ne suis pas responsable de tout résoudre. Je suis responsable de la sécurité et de la qualité de ma présence. »
- « La douleur rencontrée aujourd’hui ne m’appartient pas. Je pourrai la déposer après l’intervention. »
- « Je peux faire ce qui relève de moi, avec soin et calme. »
- Entrer dans la situation chargé de sa propre anxiété sans prendre un instant pour se stabiliser.
- Se placer en sauveur et se rendre responsable d’une issue qui ne dépend pas entièrement de soi.
- Nier l’effet de la souffrance rencontrée au nom du professionnalisme.
- Négliger la récupération après les interventions et laisser la charge s’accumuler.
À Agadir, un formateur bénévole recevait successivement des femmes victimes de violence sans s’accorder de pause. Après quelques mois, leurs récits envahissaient ses cauchemars et il évitait les rendez-vous. Il ne manquait pas de force : il présentait les effets d’un traumatisme vicariant. Un rituel quotidien de récupération et une limite hebdomadaire pour les situations lourdes lui ont permis de retrouver une présence disponible sans être submergé.
L’épuisement résulte notamment de la charge et de l’organisation du travail. Le traumatisme vicariant correspond à une transformation plus progressive du regard sur le monde après une exposition répétée aux récits de souffrance. Le premier peut bénéficier du repos et d’une réorganisation. Le second demande souvent supervision et espace d’élaboration. Une simple pause ne répond pas toujours aux deux.
La régulation émotionnelle s’apprend par la répétition dans les périodes calmes. Une respiration lente découverte au milieu d’une intervention difficile reste difficile à mobiliser. Pratiquée régulièrement, elle devient plus accessible sous pression. La préparation se mesure donc à ce qui est entretenu au quotidien.