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Pourquoi certaines personnes ont-elles le sentiment que la malchance s'acharne sur elles ?

Une analyse psychologique du Laaks « العكس » au Maroc

Adil El Hassani
Adil El Hassani Conseiller en accompagnement psychosocial
19 min de lecture 19 min
Pourquoi certaines personnes ont-elles le sentiment que la malchance s'acharne sur elles ?
Sommaire du dossier 11 parties

Certaines personnes finissent par avoir le sentiment que leur vie obéit à une logique défavorable. Une opportunité professionnelle leur échappe au dernier moment, une relation amoureuse se termine douloureusement, un projet prometteur échoue malgré les efforts investis. Les difficultés se succèdent, parfois dans des domaines sans rapport apparent, jusqu'à faire naître une conviction tenace : quelque chose semble systématiquement contrarier leurs aspirations.

Au Maroc, cette expérience trouve une expression particulièrement évocatrice dans le mot العكس (l'aks, littéralement « le contraire », désignant ici une malchance persistante ou l'impression que tout se retourne contre soi).

On entend ainsi : « Kolchi kaymchi lia b l'aks », autrement dit : « Tout va toujours de travers pour moi. » D'autres disent simplement : « Andi l'aks », comme si cette adversité constituait désormais une caractéristique personnelle, une présence attachée à leur existence.

Derrière ces expressions familières se dessine une expérience psychologique complexe. La personne ne décrit plus uniquement des événements malheureux. Elle exprime une transformation de son rapport au monde : ses efforts lui paraissent inefficaces, ses attentes constamment déçues et son avenir déjà compromis.

Comment une succession d'échecs finit-elle par produire une telle conviction ? Pourquoi certains individus perçoivent-ils une continuité entre des événements pourtant indépendants ? Quel rôle jouent la mémoire, les conflits psychiques, les anticipations négatives et les représentations culturelles du malheur ?

Ces interrogations prolongent les analyses que j'ai développées dans mon ouvrage Sahr Hadra L'Mlouk au Maroc : analyse psychosociale (2025), consacré notamment aux interprétations populaires de la souffrance et à leur place dans les rituels de la hadra.

L'étude du l'aks permet d'examiner une question plus générale : comment une personne en vient-elle à considérer ses expériences douloureuses comme la manifestation d'un destin personnel défavorable ?

1 Comment plusieurs échecs finissent par raconter une seule histoire

Les événements qui jalonnent une existence n'ont pas nécessairement de cause commune.

Une rupture amoureuse peut résulter de désaccords affectifs. Une difficulté professionnelle peut dépendre de la situation économique ou des contraintes du marché. Une perte financière peut être liée à une décision malheureuse ou à un aléa imprévisible. Dans les parcours marqués par la précarité ou les blocages de carrière, analyser les difficultés professionnelles et d'insertion permet souvent de distinguer les contraintes structurelles du sentiment d'échec personnel.

Pourtant, ces expériences ne restent pas toujours séparées dans la mémoire de celui qui les traverse.

Lorsqu'elles se succèdent au cours d'une période éprouvante, elles finissent parfois par former un ensemble cohérent sur le plan émotionnel. La souffrance qui les accompagne devient le lien principal entre elles.

Une personne perd son emploi, puis voit une relation importante se dégrader. Quelques mois plus tard, un projet auquel elle croyait échoue. Chaque événement possède sa propre histoire, mais l'accumulation des déceptions favorise l'apparition d'une interprétation globale.

Au départ, elle pense avoir échoué dans certaines circonstances. Progressivement, elle se décrit comme quelqu'un à qui rien ne réussit. Finalement, elle peut avoir le sentiment que son existence entière est gouvernée par la malchance.

Ce déplacement est décisif.

L'échec cesse d'être associé à une situation particulière. Il devient une propriété supposée de la personne, puis une caractéristique générale de son rapport à la vie.

Les nouvelles expériences sont alors abordées à travers cette représentation.

Un retard dans une réponse professionnelle annonce déjà un refus. Une tension ordinaire dans le couple semble annoncer une séparation. Un obstacle rencontré au début d'un projet devient le signe d'un nouvel échec inévitable.

La conviction d'être poursuivi par le l'aks se construit ainsi à partir d'une histoire personnelle dans laquelle les événements douloureux acquièrent une signification commune.

2 La mémoire et la sélection des expériences douloureuses

La mémoire humaine ne conserve pas les événements comme un registre objectif et parfaitement équilibré.

Les souvenirs sont influencés par les émotions, les préoccupations présentes et les significations que nous attribuons à notre histoire.

Une personne persuadée d'être malchanceuse retrouve facilement les épisodes où elle a été rejetée, humiliée ou privée d'une occasion importante. Les expériences plus favorables occupent souvent une place moins visible dans son récit.

Cette sélection n'est pas nécessairement consciente.

Les événements associés à une forte détresse émotionnelle laissent des traces particulièrement marquantes. Leur évocation peut réactiver une partie des sentiments éprouvés au moment où ils se sont produits.

À cela s'ajoute un mécanisme cognitif bien documenté : le biais de confirmation.

Lorsqu'une croyance est solidement installée, l'individu accorde davantage d'attention aux informations qui semblent la confirmer. Les événements qui la contredisent sont plus facilement relativisés, oubliés ou considérés comme de simples exceptions.

Prenons l'exemple d'une personne ayant multiplié les candidatures professionnelles. Elle a essuyé plusieurs refus, mais a également obtenu des entretiens encourageants et reçu certaines propositions qui ne correspondaient pas à ses attentes.

Si elle se considère déjà comme victime du l'aks, elle retiendra surtout les refus. Les autres expériences auront peu de poids dans son évaluation globale.

Une déception sentimentale survenant au cours de la même période pourra ensuite être intégrée à ce récit.

La mémoire rassemble alors des expériences différentes autour d'une conclusion unique : la vie s'acharne contre elle.

Ce phénomène dépasse la simple déformation du souvenir. Il influence progressivement la représentation de soi, les attentes et la manière d'aborder de nouvelles situations.

3 Pourquoi le hasard finit par ressembler à une malédiction

L'esprit humain cherche spontanément à établir des relations entre les événements.

Cette capacité est indispensable à l'apprentissage et à l'anticipation. Elle permet d'identifier des régularités, de comprendre certaines causes et d'adapter nos comportements.

Mais elle favorise également l'attribution de liens à des événements qui se produisent indépendamment les uns des autres.

Imaginons une personne dont la voiture tombe en panne le jour d'un entretien professionnel. Le soir même, elle apprend qu'un membre de sa famille rencontre un problème important. Quelques jours plus tard, elle subit une perte financière imprévue.

L'accumulation de ces incidents peut donner l'impression d'une succession trop défavorable pour être fortuite.

Une question s'impose alors : pourquoi tout cela m'arrive-t-il en même temps ?

Le besoin d'une explication devient d'autant plus pressant que les événements sont douloureux.

L'idée d'une malchance persistante apporte une réponse simple à une réalité complexe. Des difficultés d'origines différentes se trouvent réunies sous une cause unique.

Dans certains contextes culturels, cette interprétation s'accompagne de références à la sorcellerie, au mauvais œil ou à l'intervention de puissances invisibles.

Au Maroc, le mot l'aks facilite précisément ce passage.

Il peut désigner, dans un premier temps, le fait que les choses se déroulent contrairement aux attentes. Mais lorsqu'une personne affirme « Andi l'aks », elle donne parfois à cette contrariété le statut d'une influence durable.

La différence entre ces deux usages mérite d'être soulignée.

Dire que les événements ont mal tourné revient à décrire une expérience. Affirmer que l'on porte le l'aks revient à proposer une explication de son existence.

Le sentiment de malchance devient alors une manière d'interpréter aussi bien le passé que l'avenir.

4 Le sentiment d'impuissance face à une vie imprévisible

Le rapport entre les efforts accomplis et les résultats obtenus joue un rôle essentiel dans l'équilibre psychologique.

L'être humain a besoin de percevoir une certaine continuité entre ses actions et leurs conséquences. Cette perception soutient la motivation, l'apprentissage et la capacité à entreprendre.

Lorsque les tentatives échouent à répétition, particulièrement dans des circonstances que l'individu estime ne pas pouvoir maîtriser, ce sentiment d'efficacité personnelle peut s'affaiblir.

Une personne recherche un emploi pendant des années sans parvenir à stabiliser sa situation. Une autre multiplie les efforts pour préserver une relation intrafamiliale, sans constater d'amélioration. Une troisième investit ses ressources dans une activité qui finit par disparaître sous l'effet de difficultés économiques.

À mesure que les déceptions s'accumulent, la question de la réussite peut laisser place à une interrogation plus douloureuse : à quoi bon continuer ?

Cette expérience rejoint les observations sur l'impuissance acquise, concept développé en psychologie pour comprendre les conséquences d'une exposition répétée à des situations perçues comme incontrôlables.

Cette usure morale et ce repli progressif rejoignent fréquemment les tableaux de dépression et de mal-être, où le découragement en vient à teinter l'ensemble des perceptions quotidiennes.

Le l'aks introduit toutefois une dimension supplémentaire.

L'individu peut avoir le sentiment qu'une force agit contre lui. Son incapacité à modifier les événements devient alors le signe d'une opposition extérieure, parfois imaginée comme intentionnelle.

Cette représentation influence directement les comportements.

La peur d'un nouvel échec réduit la disposition à prendre des initiatives. L'anticipation du rejet encourage le retrait relationnel. La conviction qu'un projet finira mal affaiblit la persévérance face aux difficultés ordinaires.

Ces réactions peuvent, à leur tour, compromettre certaines possibilités de réussite.

L'individu observe alors de nouveaux résultats défavorables, qu'il interprète comme une confirmation de sa malchance.

Un cercle se constitue entre sentiment d'impuissance, anticipations négatives, comportements d'évitement et expériences décevantes.

5 Les conflits inconscients et la répétition de l'échec

Certaines trajectoires personnelles présentent une répétition troublante.

Une personne souhaite profondément construire une relation stable, mais s'engage régulièrement dans des liens marqués par l'incertitude et la souffrance.

Une autre aspire à la réussite professionnelle, tout en reportant systématiquement les démarches essentielles lorsqu'une opportunité concrète se présente.

Une troisième se plaint de rencontrer des partenaires qui la dévalorisent, alors que ses choix relationnels semblent reproduire des configurations affectives familières.

Ces situations invitent à explorer les conflits psychiques qui peuvent influencer les décisions à l'insu de l'individu.

Dans mon ouvrage consacré à la hadra, j'ai abordé cette question à travers la notion de التوقف (twaqef, sentiment de blocage durable de l'existence), en mobilisant notamment certaines propositions freudiennes relatives au besoin inconscient de punition.

Les travaux de Theodor Reik sur le masochisme moral permettent également d'interroger les situations dans lesquelles la souffrance devient étroitement liée à l'organisation de la vie affective.

Dans cette perspective, le désir conscient de réussir peut entrer en conflit avec d'autres attentes profondément enracinées.

La réussite peut être associée à la culpabilité, à la peur de dépasser un parent, à la crainte de perdre une relation ou à l'impression de ne pas mériter une existence plus satisfaisante.

De même, une personne habituée à des relations affectives instables peut éprouver une familiarité paradoxale avec l'incertitude, même lorsqu'elle en souffre intensément.

Les comportements qui en résultent ne traduisent pas une volonté délibérée de se nuire.

Ils témoignent plutôt de la persistance de modèles relationnels et de conflits intérieurs dont les significations échappent en partie à l'individu.

Il convient cependant de distinguer ces hypothèses cliniques des situations où les difficultés proviennent principalement de facteurs extérieurs.

La répétition d'échecs ne constitue pas, à elle seule, une preuve de conflit inconscient.

L'intérêt de cette approche réside dans la possibilité d'examiner certains parcours où les décisions personnelles contribuent à reproduire des expériences douloureuses.

Le l'aks peut alors servir à nommer les conséquences visibles d'une dynamique psychique dont les mécanismes restent à explorer.

6 Quand la malchance devient une identité

À force de répéter qu'il est malchanceux, un individu peut finir par intégrer cette conviction à sa représentation de lui-même.

Il ne raconte plus seulement ce qui lui est arrivé. Il se présente comme une personne à laquelle rien ne réussit.

Cette identité s'exprime dans des formules récurrentes : « Je n'ai jamais eu de chance », « Les choses se passent toujours mal pour moi », ou encore « Ana dima andi l'aks ».

Le récit personnel acquiert progressivement une grande stabilité.

Chaque nouvelle difficulté trouve immédiatement sa place dans une histoire déjà connue. Les expériences favorables, en revanche, peuvent sembler inhabituelles ou provisoires.

L'environnement social contribue parfois à renforcer cette représentation.

Dans certaines familles, un membre est régulièrement décrit comme celui qui rencontre toujours des problèmes, qui échoue malgré ses efforts ou dont la vie semble particulièrement difficile.

La formule marocaine « Mskin, ando l'aks » exprime alors une forme de compassion, mais elle peut également contribuer à fixer une identité sociale.

L'individu se retrouve reconnu à travers sa souffrance.

Cette reconnaissance comporte une ambiguïté. Elle lui permet d'obtenir de l'attention et de la compréhension, tout en risquant de réduire son identité à l'accumulation de ses malheurs.

Dans la perspective de la thérapie narrative, ce travail permet précisément d'extérioriser le problème, en séparant l'identité de la personne des récits saturés d'échecs qui ont fini par l'enfermer.

Une amélioration importante de sa situation peut même déstabiliser les repères à travers lesquels il avait appris à se définir.

Changer suppose alors de modifier certaines attentes, certaines habitudes relationnelles et la place que l'on occupe dans son entourage.

L'histoire de la souffrance reste réelle, mais elle n'a pas à déterminer définitivement l'identité de celui qui l'a vécue.

7 Le « العكس » dans la culture populaire marocaine

Au Maroc, l'aks appartient à un ensemble de représentations populaires permettant de comprendre les difficultés personnelles.

Il entretient des relations étroites avec des notions telles que twaqef, le mauvais œil, la sorcellerie, le mécontentement spirituel et la baraka.

Une personne qui ne parvient pas à se marier, à trouver un emploi ou à stabiliser ses relations peut entendre que sa vie est bloquée.

Ce blocage est parfois attribué à une influence extérieure, dont l'origine serait à rechercher auprès de praticiens traditionnels.

La souffrance se trouve ainsi intégrée à une interprétation qui associe le parcours individuel à des forces invisibles.

Dans mon enquête sur les rituels de la hadra, j'ai accordé une attention particulière aux notions de السخط (skhat, mécontentement ou condamnation) et de الرضا (rda, approbation ou réconciliation).

Ces concepts occupent une place centrale dans les dynamiques relationnelles marocaines, notamment dans les rapports entre parents et enfants, où la crainte du désaveu parental résonne profondément dans la vie adulte.

Le mécontentement parental peut être vécu comme une menace affective majeure. Perdre l'approbation d'un père ou d'une mère signifie parfois perdre un sentiment fondamental de protection et de sécurité.

À l'intérieur de certains récits rituels, ces relations sont transposées dans l'univers des l'mlouk.

Les difficultés d'une personne peuvent être attribuées au mécontentement d'une figure surnaturelle, tandis que la cérémonie organise une démarche destinée à restaurer son approbation.

La relation entre le participant et la puissance invoquée reprend alors certaines caractéristiques des rapports familiaux : autorité, peur du rejet, culpabilité, besoin de protection et recherche de réconciliation.

Cette organisation symbolique peut permettre à des conflits personnels de trouver une expression indirecte.

Une souffrance liée à une relation familiale difficile est reformulée dans le langage des croyances populaires. Le participant dispose ainsi d'un récit dans lequel il peut reconnaître sa détresse et entreprendre une démarche pour tenter de la surmonter.

La fonction psychologique de ce récit mérite d'être étudiée indépendamment de la question de l'existence réelle des puissances invoquées.

8 La recherche de protection et la promesse de la baraka

Une personne convaincue d'être poursuivie par la malchance cherche généralement à retrouver un sentiment de sécurité.

Elle souhaite pouvoir entreprendre sans craindre systématiquement l'échec, nouer des relations sans attendre leur rupture et envisager l'avenir sans anticiper une nouvelle catastrophe.

Dans certains milieux marocains, cette recherche passe par des pratiques associées à la protection spirituelle : prières, visites de sanctuaires, consultations traditionnelles ou participation à la hadra. C'est l'un des ressorts majeurs éclairant pourquoi certains Marocains se tournent vers la hadra pour tenter d'apaiser des blessures inexprimées.

Ces démarches peuvent offrir une expérience émotionnelle significative.

La personne entre dans un cadre où sa souffrance reçoit une explication, où d'autres reconnaissent ses difficultés et où des gestes précis sont censés modifier sa situation.

Dans les cérémonies que j'ai observées, la musique, les chants, les mouvements corporels et l'engagement collectif participaient à cette expérience.

Certains participants décrivaient, après le rituel, un sentiment d'apaisement ou de libération intérieure.

La notion de baraka occupait une place centrale dans la manière dont ils interprétaient ce changement.

Recevoir la baraka signifiait, dans leur représentation, retrouver une protection, espérer la fin des difficultés ou entrer dans une période plus favorable.

Sur le plan psychologique, cette expérience peut modifier temporairement le rapport à l'avenir.

Celui qui se percevait comme condamné à l'échec retrouve parfois la conviction qu'une amélioration est possible.

Ce changement d'attitude peut favoriser de nouvelles initiatives, une plus grande ouverture relationnelle ou une diminution du sentiment d'impuissance.

Mais les effets de cette expérience dépendent également de la manière dont elle est intégrée à la vie quotidienne.

Lorsque chaque difficulté ultérieure est interprétée comme la disparition de la baraka ou le retour du l'aks, la personne risque de s'engager dans une recherche répétée de protection.

Le rituel peut alors devenir un recours permanent face à l'incertitude, sans que les facteurs psychologiques ou sociaux de la souffrance soient réellement examinés.

9 L'anticipation de l'échec et ses conséquences sur les décisions

La conviction d'être malchanceux influence souvent la manière dont une personne aborde ses expériences futures.

Un individu qui s'attend à être rejeté peut se présenter à un entretien professionnel avec une anxiété importante.

Une personne persuadée que ses relations finiront mal peut interpréter des comportements ordinaires comme les premiers signes d'un abandon.

Un entrepreneur convaincu que ses projets sont voués à l'échec peut renoncer prématurément à des initiatives qui nécessitent du temps et de la persévérance.

Dans ces situations, les attentes influencent directement les comportements.

L'anxiété peut perturber certaines performances. La peur du rejet peut favoriser la méfiance ou le retrait. Le sentiment d'impuissance peut limiter l'investissement personnel.

Ces réactions contribuent parfois à produire les résultats que l'individu redoutait.

La psychologie décrit ce type de dynamique à travers la notion de prophétie autoréalisatrice.

Dans l'approche cognitive, le recours à des outils structurés tels que les colonnes de Beck permet d'identifier méthodiquement ces pensées automatiques négatives pour en confronter les preuves et tester des représentations alternatives.

Toutefois, il serait réducteur d'expliquer toutes les difficultés par ce seul mécanisme.

Une personne peut être confiante, compétente et persévérante tout en rencontrant des obstacles majeurs. Les inégalités sociales, les contraintes économiques et les décisions d'autrui jouent un rôle déterminant dans de nombreuses situations.

L'intérêt de cette analyse consiste à repérer les circonstances dans lesquelles la croyance au l'aks intervient elle-même dans la manière d'agir.

À partir de ce moment, le sentiment de malchance ne concerne plus uniquement l'interprétation des événements passés. Il participe activement à l'organisation des expériences futures.

10 Retrouver une capacité d'action sans nier les difficultés réelles

Le travail psychologique autour du sentiment de malchance commence par une compréhension précise de l'histoire personnelle.

Une personne qui se considère comme poursuivie par le l'aks a souvent accumulé des expériences douloureuses dont les conséquences méritent d'être pleinement reconnues.

Lui affirmer simplement qu'elle doit penser positivement ou cesser de croire au mauvais sort reviendrait à négliger la complexité de son vécu.

Une démarche plus approfondie consiste à examiner les événements, les émotions qui leur sont associées et les conclusions générales qui en ont été tirées.

Perdre un emploi constitue un fait. Ressentir de l'angoisse ou du découragement après cette perte relève d'une expérience émotionnelle compréhensible. En déduire que toutes les tentatives futures échoueront représente une interprétation qui mérite d'être réexaminée.

Cette distinction permet de retrouver une lecture plus nuancée de son histoire.

L'exploration des schémas relationnels devient également pertinente lorsque certains comportements semblent contribuer à la répétition de situations douloureuses.

Sur le plan pratique, l'utilisation de protocoles d'activation comportementale favorise le réengagement progressif dans des activités gratifiantes, soutenant ainsi la reconstruction méthodique de la confiance en soi.

Il s'agit de reconnaître les limites réelles du contrôle individuel tout en identifiant les domaines dans lesquels les décisions, les apprentissages et les changements d'attitude peuvent exercer une influence réelle.

La personne peut ainsi développer une relation moins fataliste à l'incertitude.

Un échec n'annonce pas nécessairement le suivant. Une période difficile ne permet pas de prédire l'ensemble d'une existence. Une réussite, de son côté, ne garantit pas l'absence de nouveaux obstacles.

Accepter cette variabilité constitue une voie essentielle pour se dégager progressivement de la conviction que la vie obéit à une logique constamment défavorable.

11 Ce que révèle réellement le sentiment d'être poursuivi par la malchance

Le mot l'aks paraît simple, mais il condense une longue histoire de déceptions, de conflits intérieurs, d'angoisses et d'espoirs contrariés.

Derrière l'affirmation « Andi l'aks », on rencontre une personne dont les échecs successifs ont profondément altéré le rapport à elle-même.

La mémoire a donné une place prépondérante aux expériences douloureuses. Les attentes négatives se sont installées. Les difficultés nouvelles ont été interprétées à partir d'une conviction déjà solidifiée.

Dans certaines trajectoires, des conflits psychiques ou des schémas relationnels répétitifs contribuent à prolonger la souffrance. Dans d'autres, les obstacles relèvent principalement de conditions sociales et économiques particulièrement contraignantes.

Les représentations culturelles viennent offrir un langage à ces épreuves.

Au Maroc, le l'aks, le twaqef, le skhat et la recherche de baraka appartiennent à un univers symbolique dans lequel les personnes tentent de donner du sens aux épreuves qu'elles traversent.

Mon étude des rituels de la hadra m'a conduit à considérer ces notions comme des voies d'accès privilégiées aux expériences affectives et sociales qui soutiennent les récits populaires du malheur.

Elles permettent de formuler l'impuissance, la peur de l'abandon, le besoin de protection ou la difficulté à comprendre la répétition des échecs.

L'enjeu psychologique fondamental concerne la transformation progressive d'une expérience douloureuse en certitude sur le destin.

À partir du moment où une personne se persuade que rien ne peut réussir dans sa vie, cette conviction influence sa manière de percevoir les événements, d'interpréter les intentions d'autrui et d'envisager ses propres possibilités d'action.

Comprendre ce processus permet de distinguer les difficultés réellement vécues de la représentation globale qui finit par les enfermer.

L'histoire personnelle demeure marquée par les épreuves traversées. Elle conserve aussi la possibilité de nouvelles expériences, d'apprentissages relationnels et d'autres manières d'interpréter le présent.

La souffrance passée éclaire une partie du chemin parcouru. Elle ne dicte pas la totalité de l'avenir.

Adil El Hassani
Praticien auteur référencé sur MarocPsy

Adil El Hassani

Conseiller en accompagnement psychosocial

Cet article est publié à titre d’information et de psychoéducation. Il ne remplace en aucun cas une consultation médicale ou psychologique personnalisée.

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